lundi 27 avril 2009
L’oxymore du développement durable
Développement durable, un «oxymore paralysant»
Libération.com, 04/04/2009
Bertrand Méheust. «Le développement durable est un oxymore. Si on prend ce terme au pied de la lettre, il contient sa contradiction. Le développement est pensé comme infini alors que nous vivons dans un monde fini. Bien entendu, ses théoriciens le comprennent de manière plus souple, comme une manière de continuer la croissance des flux immatériels tout en limitant notre pression matérielle sur la nature. Mais même sous cette forme sophistiquée, je doute qu’il soit réellement praticable sur une longue durée, car rien ne me paraît pouvoir stopper totalement la tendance à l’emballement qui caractérise le monde moderne.
«On aura une prédation de la nature moins forte, mais étendue à toute la planète, et garantie par son ajustement rationnel, et on perdra d’un côté ce que l’on a gagné de l’autre. Par exemple, la diminution de la consommation des appareils électriques va provoquer (provoque déjà) leur multiplication, et donc une augmentation de la consommation globale d’électricité.
«A mes yeux, le développement durable, fausse bonne idée ou "dernier chemin praticable", compte tenu de la crise écologique, est surtout le moyen pour le marché de persévérer dans son être, en dégageant de nouveaux profits. On donne l’illusion qu’on combat le mal à la racine, on affuble absolument tout du mot durable - j’ai par exemple un Livret de développement durable au Crédit agricole ! -, alors que le système ne fait que surfer sur la vague de l’écologie. Et si on affuble tout du mot durable, c’est que l’on sait bien "quelque part" que notre système ne peut pas durer. C’est une façon de résoudre dans l’imaginaire ce qui ne peut l’être dans le réel.
«Le slogan du développement durable peut devenir un outil de propagande. Il sert à maintenir les esprits captifs de l’illusion que la société peut continuer dans la voie dans laquelle elle est engagée, avec seulement des retouches, même importantes. C’est l’illusion de "la croissance verte" (un bel oxymore, là encore !), l’illusion que nous allons pouvoir continuer à exercer notre pression de confort sur la nature, avec des modifications, et que cela sera viable. Or, selon moi, c’est structurellement que ce système n’est pas viable, notamment parce qu’il est fondé sur la négation du long terme.
«D’ailleurs, ce qui a déclenché l’écriture de mon livre la Politique de l’oxymore, c’est le profond malaise dans lequel m’a plongé le Grenelle de l’Environnement en 2007. On ne peut pas dire que rien n’a été fait dans ces groupes de travail, mais la plupart des mesures décidées durant le Grenelle ont été en partie vidées de leur sens depuis ou rognées. Et le but profond était surtout, me semble-t-il, de graver dans l’esprit du public que l’écologie est compatible avec la croissance, mieux : qu’elle réclame la croissance.
«Maintenant, bien sûr, nous devons prendre au mot ceux qui ont lancé ce projet, en disant toujours, par principe : oui, mais cela ne suffit pas, ce n’est qu’un petit début.
«En tant qu’historien de la psychologie, j’ai été très frappé durant ce Grenelle de l’environnement par l’analogie entre la manière dont la médecine positiviste, au XIXe siècle, a récupéré le mesmérisme et la façon dont le "système", le marché, s’emploie aujourd’hui à récupérer l’écologie.
«Le mesmérisme, ce sont ces pratiques psychothérapeutiques nouvelles qui ont déstabilisé la psychologie au XIXe siècle, en permettant parfois la production de phénomènes psychiques inconnus comme la clairvoyance. En 1842, l’Académie de médecine a fini par les interdire totalement. Mais elles ont continué de se répandre dans la société, au point que l’institution était obligée de réagir.
«En 1878, le neurologue Jean-Martin Charcot a couvert de son immense autorité leur récupération, mais seulement sous la forme la plus acceptable, c’est-à-dire l’hypnotisme, en abandonnant toute la partie "sulfureuse", comme la lucidité magnétique par exemple. L’ancien magnétisme animal a été recalibré pour être consommable par le positivisme fin de siècle.
«Eh bien avec le Grenelle de l’environnement, ce qui est en train de se produire, c’est une récupération des prévisions très pessimistes des écologistes sur le réchauffement climatique ou la perte de la biodiversité… mais sous une forme recalibrée pour être compatible avec le mode de vie de notre société.»
(1) Editions La Découverte, mars 2009.
samedi 25 avril 2009
Act'utopia d'avril 2009
Le bulletin de liaison des Utopiens 
Act__Utopia_N8
* ÉDITO
* Le nouveau visage d’UTOPIA
Dans la sphère politique...
Dans la sphère intellectuelle...
Dans la sphère de "l’agitation de l’espace public"...
Dans la sphère associative et alter...
* Conseil National de Lyon
* La publicité, bras armé du capitalisme
* A chaque Manif, un point fixe !
* De retour de Belém - Brésil -
* Le Manifeste Européen d’UTOPIA est publié
* Conférences à venir
* Signez la pétition d'Utopia (bientôt téléchargeable !...)
vendredi 10 avril 2009
Sortie du MANIFESTE EUROPEEN UTOPIA
Ne manquez pas la sortie du Manifeste Européen Utopia !
Disponible en librairie le 1O AVRIL !
« Manifeste Utopia », ouvrage collectif,
éditions Utopia - L’esprit frappeur
2 euros, 62 pages (existe également en anglais)
(Vous pouvez le commander chez votre libraire, le diffuseur est "Calibre"...)
Plus d'infos :
utopia13 et mouvement utopia
BONNE LECTURE !
jeudi 9 avril 2009
"Délinquants solidaires" réunis à Aix-en-Provence
Plusieurs centaines de personnes hier soir à Aix, sur les marches du Palais de Justice, ont manifesté pour le respect des droits fondamentaux du droit à la dignité.
Contrairement aux propos tenus par le ministre Eric Besson, les interpellations de personnes portant assistance aux sans-papiers, n'est pas un "mythe", mais une bien triste réalité !
lundi 6 avril 2009
RASSEMBLEMENT MERCREDI 8 AVRIL
TOUS AU RASSEMBLEMENT MERCREDI 8 AVRIL
A 18H PALAIS DE JUSTICE
AIX-EN-PROVENCE
Objectif chiffré de reconduites à la frontière pour 2010 : 28 000
Objectif chiffré d’interpellations d’aidants pour 2010 : 5 500
(source : Loi de finances 2009)
Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis pour ce délit !
Associations partenaires pays d’Aix
Emmaüs Cabriès / RESF13 / Cimade - Aix / ASTI Aix-Marseille / Secours Catholique Aix /
LDH Aix en Provence / Aix Solidarité / ATTAC Aix / CADTM-Aix / RUSF-Aix
Signez l’appel national
www.delinquants-solidaires.org
vendredi 3 avril 2009
"Un G 20 pour presque rien"
Communiqué du 3 avril 2009
Pour les organisations réunies dans le collectif «Nous ne paierons pas pour leurs crises», le G 20, comme redouté, n'apporte aucune réponse à la crise globale qui frappe l'ensemble de la planète. La réunion du G20 de Londres ce jeudi 2 avril a accouché, comme nous le redoutions, de conclusions symboliques qui vont à l’encontre de la nouvelle dynamique globale souhaitée par les opinions publiques du monde entier.
De manière évidente les chefs d'Etats et de gouvernements des 20 pays considérés comme les plus puissants ont choisi, à travers leur déclaration finale, de relégitimer un système pourtant en crise structurelle et de renforcer le rôle de ses institutions les plus contestées.
FMI, Banque Mondiale, OMC et Forum de stabilité financière : à travers ses 1 100 milliards, le G20 a choisi de structurer sa réponse à la crise autour de 4 institutions dont les politiques sont de longues dates dénoncées par la société civile pour leur impact négatif sur le développement et l’accès aux droits des populations du monde entier.
En accordant au FMI et à la Banque mondiale la responsabilité d'assurer les opérations de crédit aux pays violemment frappés par la crise (allant jusqu’à décider une augmentation de 750 milliards de dollars des ressources du FMI), le G20 remet en selle deux institutions largement discréditées par les échecs de leurs politiques, et qui, il y a encore moins d'un an, concentraient les critiques de toute la communauté internationale. Cette réhabilitation s'opère sans engagements satisfaisants quant à leur réforme interne ou au changement de cap de leur politique, ni leur intégration dans le cadre institutionnel et légal du système des Nations Unies.
Le commerce international est présenté comme la première source de création de richesses et de relance économique, en dépit des impasses évidentes auxquelles a conduit la libéralisation des échanges et la globalisation effrénée des marchés. La responsabilité des accords de libre-échange dans la dérégulation financière et la multiplication des produits et des pratiques spéculatives à risque n'est nullement remise en cause.
Le G20 n'offre aucun engagement précis quant à mettre fin à la dictature des marchés financiers, via des instruments de contrôle public et de régulation drastiques. Les banques et établissements financiers devront être sauvés par tous les moyens, au prix du financement public, sans aucune contrepartie garantie aux populations (crédit, services bancaires...) et sans même que leur nationalisation n'ait été suggérée. Aucune mesure d'interdiction de la spéculation sur les matières premières n'est par exemple envisagée.
La mise en liste noire des territoires non-coopératifs sur le plan bancaire et fiscal ne répond pas aux exigences citoyennes, qui souhaitaient voir bannie, au moins de la part des pays du G20 et de leurs grandes entreprises, toute forme de domiciliation ou de transit de leurs actifs via des paradis fiscaux.
Les mots d'ordre généraux sur le besoin d'une surveillance accrue et de meilleures régulations des agences de notation, des institutions bancaires et des acteurs financiers resteront à coup sûr lettre morte. On se souvient qu'à l'issue de la crise asiatique à la fin des années 90, des mesures de protection inédites de leur marché interne avaient été introduites dans de nombreux pays ouverts à la libéralisation financière ; par la suite, celles-ci ont été allègrement démantelées sous la pression des Etats européens et des Etats-Unis, notamment dans le cadre de négociations commerciales régionales et bilatérales.
Enfin les engagements relatifs à la lutte contre les inégalités sociales, la création d'emplois et la protection durable des écosystèmes ne sont assortis d'aucun moyen spécifique. Ils font l'objet de paragraphes aussi généraux que marginaux : ni nouveaux instruments de redistribution, ni investissements massifs dans une économie verte et créatrice d'emplois décents et justement rémunérés.
Le G 20 n’apporte aucune proposition pour créer de nouveaux instruments au service d’une autre mondialisation écologique et solidaire, tels que les taxes globales écologiques et sur les transactions financières. Le G 20 est muet sur la reconnaissance et la promotion de biens publics mondiaux tels que la santé, l’eau, l’éducation et le savoir, indispensables pour reconstruire la mondialisation sur de nouvelles bases.
Tous, organisations de solidarité internationale, syndicats, associations de protection de l'environnement ou de défense des droits, nous savons que les mêmes politiques conduites par les mêmes acteurs conduiront aux mêmes effets : des inégalités croissantes et la précarisation des « non-riches », la ponction systématique des ressources naturelles et la dégradation des équilibres écologiques, la dégradation des solidarités et des protections sociales et la concentration des pouvoirs économiques aux mains d'une poignée de multinationales exclusivement soucieuses de protéger les intérêts de leurs élites.
Le monde de solidarité, de paix et de justice sociale voulu par notre collectif, rassemblé sous la bannière « Nous ne paierons pas leurs crises », n'a pas été esquissé à Londres en ce 2 avril 2009.
L'opération cosmétique londonienne tente au contraire de redonner un peu de lustre à un système fondamentalement injuste et durablement discrédité.
Nos organisations resteront mobilisées pour informer les citoyens, faire entendre nos analyses et nos propositions et rejoindre les mouvements globaux de résistance et de solidarité qui se déploieront en France, en Europe et au plan mondial.
Associations et syndicats signataires de l’appel
Agir ensemble contre le chômage - AC!, Aitec/Ipam, AlterEkolo, Les Amis de la Terre France, Association pour l'emploi, l'information et la solidarité - APEIS, Attac France, CCIPPP, Cedetim, Confédération générale des SCOP – CGSCOP, Confédération paysanne, CGT Finances, Convergence pour les services publics, Centre de recherche et d'information pour le développement - CRID, Droit au Logement - DAL, Fédération Artisans du Monde, Fondation Copernic, France Amérique Latine, Fédération syndicale unitaire - FSU, Habitat international coalition - HIC, Marches européennes, Mémoire des luttes, Mouvement de la Paix, Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples - MRAP, No Vox, Peuples Solidaires, Réseau féministe Ruptures, Survie Paris, Syndicat national de l'enseignement supérieur - SNESUP, Syndicat nationale unifié des impôts – SNUI, SUD PTT, Terre des Hommes France, Union syndicale Solidaires
Organisations politiques en soutien Les Alternatifs, La Fédération, Nouveau Parti Anticapitaliste, Parti de Gauche, Les Verts, Parti Communiste Français, PCOF







